Présidence française du CSNU : présentation du programme de travail. [fa]

Dans le cadre de la présidence mensuelle française du Conseil de sécurité, le Représentant permanent de la France auprès des Nations unies, François Delattre, a présenté à la presse le programme de travail du Conseil pour le mois de juin. Voici le texte intégral de son intervention, telle que prononcée le 1er juin.

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« Bonjour à tous,

Je suis très heureux de vous voir si nombreux aujourd’hui pour ce début de la présidence française du Conseil de sécurité, une présidence qui sera une des plus chargées de cette année avec un programme de travail extrêmement lourd, peut-être même la plus chargée des présidences de cette année.

Je vais commencer par quelques remarques générales avant d’ouvrir à des questions. Je voudrais commencer par vous dire quelles sont nos grandes priorités de cette présidence française. Il y a trois priorités principales :

1/ D’abord, premier pilier, l’axe majeur de notre présidence sera le maintien de la paix.

Nous souhaitons, en effet, faire de la présidence française l’occasion d’approfondir notre compréhension de ce que le maintien de la paix aujourd’hui signifie, et réfléchir à ce qu’il sera et doit être demain. Nous le voyons au quotidien, le maintien de la paix a évolué profondément avec l’évolution des menaces, qui émanent de plus en plus de groupes armés non étatiques qui utilisent des méthodes terroristes. Les priorités ont par conséquent évolué aussi, avec la protection des civils et des droits de l’Homme qui est désormais au coeur des missions du maintien de la paix.

C’est pourquoi notre débat ministériel, le 10 juin, qui sera le point central de notre présidence, aura pour thème la question de la protection des civils dans les opérations de maintien de la paix. Il sera présidé par notre ministre des affaires étrangères, M. Jean-Marc Ayrault. Le secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon, le président du CICR Peter Maurer et le président de la République centrafricaine Faustin-Archange Touadéra participeront à ce débat comme intervenants. Nous souhaitons que ce débat important s’inscrive dans la dynamique de réformes du maintien de la paix amorcée l’année dernière et dans la continuité de la réflexion engagée par le débat thématique de haut niveau de l’Assemblée générale sur le maintien de la paix qui avait été organisé les 10 et 11 mai derniers.

La protection des civils doit être au coeur de toute opération de maintien de la paix, et nous souhaitons à travers l’organisation de ce débat ministériel réaffirmer avec force la centralité de cet objectif dans l’élaboration et la mise en oeuvre des mandats des OMP. C’est donc un débat de toute première importance et qui sera j’espère de grande qualité.

Le mois de juin, toujours dans cette première priorité du maintien de la paix, verra également le renouvellement de quatre mandats d’OMP : la MINUSMA au Mali, la MANUL en Libye, la FNUOD au Golan et la MINUAD au Darfour. C’est dire combien l’Afrique sera au coeur de notre présidence.

Un mot plus particulier si vous me le permettez sur le renouvellement de la MINUSMA, où la France tient la plume. Comme l’ont montré les événements des derniers jours et y compris d’hier, on sait tous l’environnement particulièrement difficile dans lequel évolue la MINUSMA. C’est pour cela qu’elle dispose d’un mandat robuste et de missions très étendues, en particulier la protection des civils. Cela a déjà été dit à de nombreuses reprises : la MINUSMA fait figure de « laboratoire du maintien de la paix de demain », avec des capacités en termes de renseignement, en termes de technologie et en termes d’équipements qui sont sans précédent. C’est dire combien le renouvellement du mandat sera important, d’autant plus que la situation politique au Mali est à un moment charnière, où la mise en oeuvre de l’accord de paix doit être non seulement encouragée mais accélérée. Sur ce sujet, le rapport du secrétaire général a été diffusé hier et ses recommandations vont dans le sens d’un renforcement des capacités et d’une hausse du plafond de troupes. C’est donc dans ce sens et sur cette base que nous allons travailler.

Une autre échéance à garder à l’esprit en matière de maintien de la paix, c’est la revue stratégique de la MINUSCA, en RCA, revue stratégique dont le rapport sera remis le 22 juin, pendant notre Présidence, et à partir duquel nous pourrons adapter le mandat de la MINUSCA pour tenir compte des nouvelles circonstances du pays. Il est fort possible que nous tenions alors des consultations sur la base de ce rapport, qui s’ajouteront donc au programme de travail que vous avez.

Nous tiendrons demain, toujours dans cette rubrique « protection des civils » qui est vraiment la colonne vertébrale avec le maintien de la paix de notre présidence, un débat public important sur la question des violences sexuelles dans les conflits, avec un briefing du secrétaire général et de Mme Bangura. Ce sera la première célébration de la journée internationale pour lutter contre les violences sexuelles en conflit. Et c’est donc là aussi un rendez-vous important, demain au Conseil de sécurité.

Enfin, toujours dans cette rubrique « maintien de la paix », le Conseil de sécurité accueillera le 6 juin Mme Mogherini qui est la Haute représentante de l’Union européenne. Le débat sera l’occasion de réaffirmer l’attachement du conseil à la coopération avec les organisations régionales, au titre du chapitre VIII de la Charte des Nations unies, qui est aussi un élément clé de la réforme du maintien de la paix.

2/ Le deuxième axe majeur de ce mois, c’est le Moyen-Orient.

Toutes les crises de la région du Moyen-Orient sont à l’agenda de notre présidence : la Syrie dans toutes ses dimensions (politique, humanitaire, chimique), le Yémen, avec un briefing de l’envoyé spécial Ismail Ould Cheikh, la Libye, dossier sur lequel Martin Kobler viendra nous présenter le dernier état des discussions à Tripoli. Le Conseil de sécurité sera également destinataire fin juin du rapport du secrétaire général des Nations unies sur la résolution 1701 sur le Liban.

Dans cette rubrique Moyen-Orient, permettez-moi de dire un mot sur le Processus de paix au Proche-Orient qui sera également un élément important de ce mois de juin.
Vous savez que la France organise le 3 juin à Paris, donc après-demain, une importante conférence ministérielle qui réunira la plupart des acteurs clés sur ce dossier. Avec une trentaine de ministres attendus représentant à la fois le P5, le Quartet, la Ligue arabe ainsi que des partenaires internationaux impliqués en faveur du processus de paix, notamment européens et arabes. Tous ou presque seront représentés à niveau ministériel donc c’est une conférence là aussi de grande qualité. Et le secrétaire des Nations unies M. Ban Ki-moon, sera également présent, ce qui montre l’engagement des Nations unies.

Vous connaissez le sens de notre démarche sur l’initiative sur le processus de paix. Elle procède au fond d’un constat simple : le statu quo actuel est une régression. C’est la conviction profonde de la France. Le statu quo actuel où le processus de paix est au point mort, où la défiance réciproque ne cesse de grandir, est une vraie régression. Régression car, jour après jour, la colonisation se développe, la violence se répand, les opinions publiques et les parties se radicalisent, et par conséquent la perspective de voir un jour émerger la solution à deux États s’éloigne. Elle s’éloigne sur le terrain, elle s’éloigne dans les esprits et dans les coeurs.

La conviction de la France c’est que nous n’avons pas le droit de baisser les bras. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés et espérer un miracle. Et avec cette conférence, pour faire court, nous poursuivons trois principaux objectifs :

a/ Le premier est de réaffirmer avec force que la solution à deux États est le seul horizon politique viable. C’est le premier objectif de la conférence, qu’il y ait unanimité sur cet objectif qui nous réunit.

b/ Deuxième objectif, c’est de définir avec la communauté internationale un ensemble, un paquet d’incitations positives pour les parties en vue d’une relance des négociations. Dans ce paquet on ajoute par extension la réflexion en cours sur l’initiative arabe de paix qui est un élément sous-jacent très important de toute réflexion aujourd’hui sur la relance du processus politique.

c/ Le troisième objectif est de définir un calendrier précis avec des buts clairs en vue de réunir une conférence internationale avec les parties au 2e semestre 2016, avant la fin de l’année donc.

Dans ce contexte, le rapport du Quartet doit être rendu public très prochainement. Ce rapport très attendu s’inscrira précisément dans cette dynamique et nous aurons l’occasion d’examiner à la fois ce rapport du Quartet, les résultats de la conférence de Paris et la marche à suivre lors de consultations autour de Niklolay Mladenov, coordinateur pour le Processus de paix, le 14 juin.

3/ Dernière dimension de la présidence française, un élément important à avoir à l’esprit, ce sont les élections qui vont se dérouler pendant le mois de juin.

Beaucoup d’échéances importantes en juin : l’élection du président de l’Assemblée générale le 13 juin, l’élection des nouveaux États membres du conseil le 28 juin, mais aussi la poursuite des discussions sur la désignation du futur secrétaire général.

Sur ce dernier point, nous envisageons d’organiser des rencontres informelles avec ceux des candidats aux postes de secrétaire général qui en font la demande. Deux candidats, Susanna Malcorra et Miroslav Lajcak, auront également l’occasion d’échanger avec les États membres lors d’une session spéciale de l’Assemblée générale organisée par le président de l’Assemblée générale le 7 juin.

Dans un contexte où nous avons une appréciation très positive du travail qui a été fait par l’Assemblée générale des Nations unies et les premières rencontres informelles qui ont eu lieu, le Conseil de sécurité sous présidence française aura également à travailler et à aller de l’avant dans le même esprit de professionnalisme. Nous souhaitons avancer en ce sens. »

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Pour suivre la présidence française du CSNU :

www.diplomatie.gouv.fr et www.franceonu.org

Et, bien sûr, le hashtag Twitter : #FrPrez

Publié le 08/06/2016

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